Le Pérou en 24/34 (parce que nous n’avons pas plus petit) ou comment peu mouliner sur Peru’s Great Divide

Huaraz, le 21/05/16

[29/03/16-17/04/16]
La fin du voyage commençait à pointer le bout de son nez… Le Pérou devait être le dernier pays d’Amérique du sud que nous devions traverser avant de nous envoler pour l’Espagne et pour la Catalogne afin de regagner en vélo la France et notre chère ville de Toulouse…

Toutefois, nous disposions de temps (une fois n’est pas coutume) avant de prendre l’avion depuis Lima à la fin du mois du mai… Ce temps, nous voulions l’utiliser pour nous lancer sur la trace des Pikes, ce couple d’anglais un peu fou qui a passé plus de 6 mois à sillonner le Pérou, en long, en large et en travers, à se heurter au denivelé majeur des Andes Péruviennes et à n’emprunter quasiment que des pistes et des chemins.

Cette trace, reliant le village de Santa Rosa près d’Abancay située à 180 km au Nord Ouest de Cusco à Conococha près de la cordillère Blanche fut baptisée Peru’s Great Divide (PGD) par les deux anglais et le challenge était de remonter cette trace constituée à 90% de pistes et chemins et longue de 1500 kilomètres sur ses quatre portions.

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Lecture du graphique de droite à gauche

Le matin du départ à Cusco, la nonchalance était au rendez-vous: préparations sans se hâter des sacoches, dernier petit-déjeuner composé de viennoiseries exquises de notre boulangerie devenue fétiche et de jus d’oranges pressées avec Logan. Ce n’est qu’aux alentours de 10h que nous avons levé les voiles pour nous élever vers les hauteurs de Cusco et tester nos poumons et nos gambettes!

La mise en bouche entre Cusco et Abancay non loin du début de la trace n’était pas une demi-portion, bien au contraire! En effet, bien que la route était totalement asphaltée, le dénivelé positif fut conséquent et permit d’entraîner nos jambes pour la suite.

Nous avions profité de notre séjour à Cusco pour refaire un stock de chambres à air… Quelle bonne idée nous avons eu là. La première crevaison d’une longue série est arrivée le jour même du départ, inhérente à un vilain clou situé en bord de route…

Nous avons installé notre premier bivouac ce soir là au début d’une descente que nous n’imaginions pas si longue, bénéficiant d’une superbe vue sur les nombreuses terrasses des pentes péruviennes… Cette descente, le lendemain matin nous a menés quarante kilomètres et deux milles mètres plus bas! Le moral en prit un sacré coup… Il nous fallait remonter pendant plus de soixante kilomètres pour passer un col à 3900m et ensuite basculer sur la vallée d’Abancay… La montée nous a permis de traverser de nombreux petits village charmants et de découvrir le changement de végétation au fur et à mesure de la progression: le dégradé de vert était palpable, bien plus foncé autour des 2000 et draguant le vert chlorophylle plus haut. C’était sublime. De plus, nous avons bien apprécié de pouvoir prendre un almuerzo dans chaque ville où nous passions permettant d’économiser à la fois du temps , de l’alcool et de l’argent.

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Toutefois, les locaux nous ont joué un vilain tour alors que nous nous étions attablés pour manger un bout avant d’atteindre le sommet du col. Nous avions en effet demandé au propriétaire d’un petit boui boui en bord de route si nous pouvions manger. Ce dernier a acquiescé et nous a installés tout en papotant avec nous… Les pommes de terres cuisant au feu de bois au milieu de bons morceaux de porc ont fini de nous mettre l’eau à la bouche… Sur ces entrefaites, une dizaine de travailleurs sont venus s’attabler près de nous…. Dix copieuses assiettes ont ainsi été servies pour ces messieurs…, aucune pour nous autres… La grande marmite s’étant sérieusement vidée , nous avons écopé d’une seule assiette pour trois, remplie de mais cuit à l’eau et de morceaux de viande dont l’odeur et l’aspect laissaient supposer qu’il s’agissait de bouts d’intestins de porc… La cuisinière nous a indiqué qu’il n’y avait plus que cela à manger…Nous étions juste trop déçus et surpris pour parler et nous avons quitté les lieux dépités et affamés… avec seulement quelques gaufrettes dans le ventre, pour atteindre le sommet du col….

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Le ciel chargé ne laissait rien augurer de bon pour la descente… Nous l’avons entamée couverts pour rejoindre étonnamment sans pluie Abancay et surtout une bonne pizzeria dans laquelle, pardonnez moi l’expression nous avons dévoré trois énormes pizzas pour combler cette faim d’ogres. L’effervescence de la ville en fin de journée contrastait avec notre état d’esprit actuel et, nous avons donc quitté la ville à la nuit pour trouver un spot de bivouac « tranquille ». Malgré les chiens, encore plus effrayants de nuit et l’état de la route, bosselée de partout, comme tombée du ciel, une benne pouvant contenir nos trois vélos , notre tente et le matelas/moustiquaire de David nous a accueillis pour la nuit, ni vu ni connu!

Une dernière journée sur le bitume nous a permis de rejoindre Santa Rosa, ville départ de notre trace Andes by bike… Cette nuit-là, nous avons dormi dans la « propriété » de Jonathan, jeune péruvien maraîcher qui à la question: va t-il pleuvoir ce soir répondit: « t’es fou, c’est l’été ici!! » …. Nous avons essuyé ce soir l’une des pires averses du voyage…. Morale: ne pas se fier aux locaux pour la météo et tenter de dormir le plus souvent sous un abri à l’avenir!!

Dans la même journée, une nouvelle leçon de morale s’est imposée à nous: toujours demander le prix du déjeuner AVANT le repas et si ce dernier ne nous plaît pas, quitter les lieux, au risque sinon de payer une assiette de trucha trois fois plus chère que d’habitude!!! Nous sommes entrés dans le vif du sujet en empruntant la piste menant au charmant petit village de Sañayca… Nous nous sommes élevés, ravis de s’éloigner du bitume, du trafic, des petites mouches qui piquent et de retrouver des cultures en terrasse…

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L’accueil des villageois était chaleureux et en quechua. La langue andine par excellence n’a pas perdu de son ampleur dans les montagnes péruviennes. Après un bon dîner dans une petite tienda locale, c’est dans le local dédié aux futures élections présidentielles du 10 avril 2016 que nous passerons la nuit! Idéal, au chaud et à l’abri.

Vincent a profité du passage dans le village pour laisser nos vieux pneus Schwalbe qui furent d’excellents compagnons pendant plus de 12500km… Les Maxxis, plus adaptés pour le terrain emprunté, prendront ainsi le relais, si tout va bien, jusqu’à la fin du voyage.

Le lendemain, notre première vraie journée sur PGD a donné le ton: pendant un mois, il y aurait peu de place pour les routes plates. Ici, ça monte et ça descend, et ça remonte souvent même lorsque vous pensez que ça descend… Les oscillations, peu de temps avant d’arriver à Soras, m’ont particulièrement fait pester…

Nous avons reçu à Soras un accueil particulièrement chaleureux. En arrivant sur la place du village,dont les alentours étaient en construction en raison de travaux d’assainissement, nous avons demandé à deux femmes du village un toit pour s’abriter de la pluie menaçante. Deux minutes plus tard, nous étions propulsés dans le bureau d’Hector, l’Alcalde du village, trois verres de Sprite devant nous, accompagnés par ces deux gentilles dames. Ce dernier, après nous avoir demandé les raisons de notre venue à Soras nous a permis de dormir dans la salle des fêtes au chaud! Et voici comment a débuté notre histoire d’amour avec les municipalités des villages. Une fois installés, nous avons parcouru le village en quête de miel de pain et de table pour le soir, guidés par la si débrouillarde Noélia, 12 ans, fille de l’instituteur du village. Cette dernière nous a donné rendez-vous le lendemain matin à l’école afin d’exposer aux élèves notre parcours. Nous avons acquiescé, ravis.

Le lendemain, après un réveil un peu tardif, nous avons rejoint l’école pour y être accueillis par la directrice. Cette dernière nous a invités à nous rendre dans une classe afin de raconter notre périple… Amusés par l’idée , nous nous sommes retrouvés devant de jeunes élèves à nous présenter, à exposer sur un planisphère notre parcours depuis l’Alaska et depuis la Mongolie pour David, à détailler le contenu de nos sacoches… le tout en espagnol bien entendu! Les élèves tout timides semblaient subjugués mais n’osaient pas poser des questions… La directrice nous a toutefois fait signe de nous presser… Étonnés, nous lui avons demandé pour quelle raison nous nous devions de nous dépêcher: tout simplement parce qu’il restait 11 classes à visiter… Le visage de Vincent s’est décomposé voyant la journée de vélo s’évaporer tout doucement et la perspective de répéter 11 fois la même chose ne l’enchantait guère… Toutefois, chaque classe a apporté son lot d’originalité et nous avons pris beaucoup de plaisir avec chacune d’entre elles: une classe nous a accueillis avec une chanson en quechua, un instituteur a improvisé un morceau de flûte spécialement pour nous trois, un élève, curieux, nous a demandé si nous allions regagner la France par un pont, les plus âgés sont fascinés par la démonstration du réchaud et s’interrogeaient sur notre mode d’alimentation! Dans la classe du père de Noélia, après avoir écouté attentivement l’hymne quechua local, la papa nous a demandé de chanter à notre tour  » la Marseillaise »! Nous voilà donc en train de chanter l’hymne national puis de pousser la chansonnette en entonnant  » au Champs-Élysées! Cocasse.

Nous avons terminé notre tour des classes vers 13h, heure de fin d’école pour ces élèves. La journée étant sacrément avancée et devant un temps plus que menaçant, nous avons décidé de dormir à l’école, profitant de cette après-midi repos inattendue pour détendre nos gambettes et visionner les trois épisodes du Hobbit!

Le lendemain matin, nous avons repris la route sous une huée d’applaudissements, les enfants nous courant après sur une centaine de mètres… Un des moments les plus forts du voyage!

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Cette journée là nous a apporté encore son lot de difficultés: au Pérou, quand nous pensons être arrivés au sommet eh bien, nous nous trompons encore et toujours… Du dénivelé, des cols , nous les avons enchaînés, tantôt en grimaçant tantôt en souriant devant un panorama juste incroyable…

Ce soir là, nous sommes arrivés à Potongo, petit village où nous nous sommes arrêtes pour discuter avec quelques dames toutes coquettes, coiffées de chapeaux fleuris… Leur curiosité fut éveillée en voyant nos trois vélos: certaines nous pensaient complètement fous de pédaler dans les montagnes, d’autres s’interrogeaient sur le prix de nos vélos… , sur le prix pour rentrer en France en avion…
Nous avons dormi ce soir là dans une pièce attenante à la cuisine d’Adela, une d’entre elles, qui nous a offert l’hospitalité. La rusticité de la pièce était réelle: le sol était en terre, des peaux de bêtes mortes pendaient ça et là, un poulet dans un carton fut notre compagnon pour la Nuit et au milieu de tout cela, les sacs à dos en liberty des deux jeunes fillettes d’Adela semblaient être sortis d’un autre monde! La rudesse des conditions de vie des habitants des villages traversés était palpable ici…

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Pour remercier Adela, nous lui avions demandé de nous préparer un petit déjeuner pour un départ précoce… L’éberluement fut au rendez-vous lorsque nous avons vu arriver trois assiettes débordant de fèves et de pommes De terres « vapeur » accompagnées de deux oeufs durs… Pour être local c’était local… Seul Vincent eut le courage de terminer son assiette…, sans sauces ni accompagnement.

Les ventres bien remplis, nous sommes remontés sur les selles…pour nous arrêter quelques kilomètres plus loin afin de réparer ma roue qui ne semblait guère apprécier le terrain péruvien… Après avoir longé le flanc de le montagne , une pause déjeuner sur les marches de la municipalité coïncidant avec la sortie de l’école et l’affluence d’enfants accompagnés de leur mamans qui nous ont offert des tunas, fruits de cactus, nous avons entamé la longue descente qui devait nous mener 2000 mètres plus bas… Le terrain était inconfortable, technique et exigeant, la végétation changeait au fur et à mesure que nous perdions du dénivelé. Les Arbustes à épines sont ainsi devenus nos meilleurs ennemis… En effet alors que le cours de la rivière se rapprochait considérablement, une aiguille est venue draguer mon pneu qui s’est essoufflé une nouvelle fois… La rustine posée n’a malheureusement pas suffi, le pneu étant de nouveau à plat lorsque je remontais sur le vélo… Désappointés, nous avons donc changé la chambre… Or, après la fin de la descente, la traversée d’un pont suspendu un peu brinquebalant et la remontée de l’autre côté de la rive, un nouvelle aiguille telle un pieu est venue agressée mon pneu… Je baissais les bras tout comme le jour qui déclinait à vue d’œil… Vincent et David ont ainsi pris le relais pour les réparations… Nous sommes repartis à travers ce lit de rivière étonnamment vide mais parsemé de vilains arbustes pour terminer la montée vers Anta à la frontale, en sueur et affamés… Les yeux scintillants des ovins et des chiens rendaient l’atmosphère du village encore plus étrange mais nous avons trouvé refuge chez une dame, dans un petite pièce surplombant le repère de cochons d’inde où nous avons entassé nos deux tentes pour dormir et nous remettre de toutes ces émotions!

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Nous avons découvert le village au petit jour le lendemain matin, véritable basse-cour à ciel ouvert, les cochons, ânes et autres poules se baladant au milieu des habitations… Nous avions prévu un réveil très matinal ce matin là devant la difficulté de la montée qui nous attendait. Nous sommes partis ainsi motivés, malgré la chaleur de la basse altitude et l’état de la piste, catastrophique… Au bout de 700 mètres de montée, la chambre à air arrière de Vincent ne résista elle non plus pas à notre végétation ennemie… Après 3 rustines posées, nous sommes repartis pour nous arrêter de nouveau trois kilomètres plus loin… Pour la chambre avant cette fois-ci. Pauvre David, quelle patience… Nos nerfs en ont pris un sacré coup… La loi des séries se poursuivant inéluctablement. Avec une vitesse moyenne de 4,5km/h , nous nous sommes élevés avec douleur, ripant sur chaque pierre, maudissant notre cassette de ne pas nous permettre de mouliner davantage pour atteindre le petit village de Pongococha.

Je me suis effondrée sur la place des armes tandis que les garçons se sont ressourcés avec du Powerade… Une soupe et un plat de riz/oeufs au milieu des poules dans un coin de tienda nous ont requinqués pour achever les cinq kilomètres de la journée (sur les 17, un record!) à Pitec… Quelle journée… La difficulté de cette trace n’est définitivement pas une légende! Ce soir là, nous avons dormi à l’abri de l’orage , dans une petite pièce d’une maison du village après avoir dégusté une bonne sopita et une aguita chez un homme du village bien sympathique. Pavel, l’un de ses fils en a profité pour se glisser près de moi avec un petit livre afin que je lui conte une histoire en espagnol. Indulgent le petit!

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Le lendemain, nous nous sommes hâtés de terminer la montée vers le Paso afin de changer de vallée et de nous diriger vers Vilcashuaman, première « ville » depuis le début de PGD. Changement de décor, place aux plantations de quinoa tant violettes que rougeâtres et de maïs. Les maisons ici ont toutes revêtu les couleurs et les slogans de leur candidat favori pour le premier tour des élections présidentielles….

Vilcashuaman nous a séduit avec ses Vestiges incas dont notamment l’Ushno, pyramide inca majestueuse mais aussi avec son Chifa (restaurant asiatique) que nous avons fréquenté midi et soir, ses cybers et ses petites échoppes!

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Par ailleurs , Vincent en a profité pour bricoler nos roues en élargissant le diamètre des valves a la perceuse afin d’utiliser nos nouvelles chambres à air, le petit magasin ne proposant que des shraders.

Lors de notre dernière soirée au Chifa le samedi soir, David a commandé une Cusqueña negra que le chef cuisinier s’est empressé de lui servir… Alors qu’il dégustait sa première gorgée, un comité de six personnes a pénétré dans le restaurant et l’un d’eux a poliment et gentiment indiqué à David qu’il n’était pas autorisé à boire sa bière… Nous nous sommes regardés , interloqués puis un autre homme, à l’air bien plus grave et sévère a ordonné à David de jeter sa bière, précisant qu’en veille d’élections, toute consommation d’alcool était prohibée. Le patron du restaurant, « coupable » mais confus s’est hâté ainsi de vider la bière dans les toilettes… Nous apprendrons plus tard que ces hommes cherchaient à faire respecter la « Ley seca » ou « Loi sèche » interdisant toute consommation d’alcool du samedi au lundi matin lors d’élections péruviennes! Incroyable!

Après cette pause, nous sommes repartis en ce dimanche d’élections, pour nous éloigner de la ville et retrouver le calme de la montagne. Peu après Callango, Au milieu de la montée vers un autre col sans nom, nous avons fait une halte à Wawapuiquio qui possédait un bassin que nous pensions , à tort, rempli d’eau chaude, pour piquer une tête… L’eau , à défaut d’être chaude, était gazeuse et d’après les locaux en rajoutant du citron et du sucre, nous pouvions obtenir du Sprite! Humh!!!

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Nous avons rejoint en fin de journée la ville de Chuschi où nous avons dormi gratuitement à l’hôtel de la municipalité. Ce soir là, le menu était composé d’un délicieux guacamole… L’avocat, produit de luxe en France est un légume très courant ici, de taille conséquente et si bon marché que nous ne nous lassons pas d’en manger dès que l’occasion se présente.

Le lendemain, une nouvelle journée de montée de plus de 23 km jusqu’au col de Chuschi situé à 4260 m nous attendait sur une piste dont l’état était vraiment médiocre. Toutefois, peu ou pas de raisons de se plaindre au vue du caractère sauvage du lieu, où seules quelques huttes de paille et quelques lamas rendaient l’endroit plus vivant.

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En fin de journée , les jambes n’étaient plus tout à fait en forme et s’est offert à nous un collège tout récemment construit à Huertuahuasi… dans ce petit village sans auberge ni épicerie mais peuplé de gens souriants arborant des chapeaux encore une fois bien différents des autres vallées, composés des petites broderies pailletées. Les jeunes filles et les dames portaient des tenues aux couleurs vives et chaudes , constituant ainsi un vrai régal pour les yeux. Ce collège était occupé par une dizaine de Professeurs venant d’Ayacucho, mutés ici dans les montagnes, qui semblaient ravis de nous proposer l’hospitalité. Les garçons, apparemment insuffisamment fatigués par leur journée ont disputé un match de football avec les hommes et les jeunes du village tandis que je prenais plaisir à discuter avec Lili la professeur de castillan! La vie de professeur ici n’était pas simple: pas d’électricité, un simple fogon pour faire chauffer l’eau chaude, une affectation d’une durée minimale de 5 ans et pas d’épicerie pour y faire quelques courses. Après le match de foot , nous avons dégusté un cafecito tous ensemble éclairés à la bougie, avant de nous effondrer sur les lits préparés par les professeurs! Nous avons dormi entouré de nos vélos mais aussi d’une centaine d’autres. En effet , le gouvernement péruvien propose à tous les élèves vivant dans les montagnes un vélo, un casque et une trousse de réparation pour écourter le temps de trajet entre leur maison et le collège. Belle initiative.

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Le lendemain matin, les élèves arrivant de la campagne environnante se sont rangés face à nous, dans la cour pour le salut militaire quotidien puis Lili nous a introduit et a proposé à Vincent de présenter notre voyage. Après une démonstration succincte de notre matériel, ce fut à notre tour d’écouter deux jeunes élèves en tenue traditionnelle interpréter un chant quechua accompagné au yukulele par un des professeur sur lequel nous avons improvisé quelques pas de danse… C’était incroyablement fort.

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Le sourire aux lèvres , Nous sommes repartis vers Totos après avoir gravi deux nouveaux cols et effectué une descente perilleuse et escarpée… pour rejoindre en fin de journée Vilcanchos situé à 3000m d’altitude… Nous étions en effet redescendus bien bas , au creux d’une vallée…tout en sachant qunous devrions remonter pratiquement 2000m pour atteindre l’Abra Ritipata situé à 4920m… Pour cela, nous avons pris notre temps, profitant de la petite ville de Paras située à 3300m d’altitude.

Le bivouac à 4360m ce soir là fut une vraie récompense tant les montagnes alentours fascinaient par leurs majestés et leurs pentes si abruptes.

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Le lendemain, David fêtait ses 33 ans et il passa ainsi pour la première fois à 4900m d’ altitude dans un univers minéral et épuré… Le temps et la chance n’étaient pas de la partie toutefois… De gros et menaçants nuages nous attendaient à la sortie de Sante Fe, petit village dans lequel nous nous sommes abrités pour le repas… Nous avons malgré tout rejoint la route asphaltée, grimpé en haut du col Apacheta à 4670m pour ensuite entamer la descente sur Licapa qui devait marquer la fin de notre premiere section sur PGD. Or, un orage de grêle mêlé à de la neige nous obligea à nous arrêter chez Daniel, propriétaire d’une petite maison en bord de route.

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En l’espace de 5 minutes, tout était blanc… Nous nous sommes ainsi retrouvés dans la petite maison de Daniel, si rudimentaire que le toit laissait perlé les gouttes de pluie et de neige pour partager un bon café accompagné de notre réserve de gâteaux. Daniel nous confia ainsi que le temps était rarement au beau fixe ici et que l’humidité ambiante était présente toute l’année … Nous dormîmes ce soir là sous un abri, sur un sol moelleux constitué de bouses de lamas semi-sèches!

Le lendemain, malgré une atmosphère toujours aussi humide, nous avons gagné Licapa. Nous devions ainsi entamer la portion 2 de PGD qui se voulait être très courte. Or, les Pikes conseillaient de ne pas l’emprunter en cas de mauvais temps en raison de la présence de boue… Nos chemins avec David se sont séparés donc pour cette section… Il était en effet plus téméraire que nous en choisissant de se lancer sur la portion malgré le mauvais temps. Nous nous sommes donnés rendez vous à Huancavelica trois jours plus tard… Ces deux jours de notre côté, malgré le bitume, furent difficiles tant le climat était rigoureux et humide… Après une montée progressive jusqu’à Santa Ines où de vilains chiens nous attendaient à l’entrée du village exigeant un arrêt brutal du vélo et la menace à l’aide de pierres, c’est transit de froid que nous avons pris la pause déjeuner avec une délicieuse trucha. Ici malgré l’humidité et le froid, nul feu et nulle cheminée ne viennent réchauffer les locaux…

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Après cette pause, nous avons réussi à trouver la motivation nécessaire pour longer le lac Choclococha juste sublime et atteindre le village portant le même nom où la chance nous a souri. Un refuge Tambo accueillant gratuitement les voyageurs nous attendait… En quechua, le tampu était un lieu d’étapes sur la route des messagers et des commerçants incas… Aujourd’hui, le gouvernement péruvien réhabilite ces lieux situés en altitude afin de proposer aux habitants un accès à internet, à la santé et un hébergement gratuit pour les voyageurs. Alors que la brume était bien installée à l’extérieur, ce soir là, nous avons dormi bien au chaud.

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Le lendemain, évoluant dans les paysages où les lacs et marécages étaient rois, rappelant l’Irlande et le Connemara, nous sommes arrivés à l’abra Choncha culminant à 4850m… Pas le temps De s’appesantir ici, nous nous sommes parés contre le froid omniprésent pour entamer la longue descente jusqu’à Huancavelica traversant ainsi des plateaux plus qu’hostiles avec un vent de face terrible… Les bergères aperçues sur ces derniers semblaient être en harmonie avec le site mais comme sorties d’un autre monde… Au fur et à mesure de la descente, le temps devenait plus clément et nous avons atteint la ville tant attendue pour se reposer et se délecter de bons mets.

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La première partie de ce PGD est ainsi à la hauteur des attentes même si la difficulté physique es là, indéniablement… Voyons ce que nous réserve la suite…
Le rythme est lent sur les pistes de PGD mais nous avons quand même franchi le cap des 13000 le jour de la soutenance des copains Pif et Cécile! Un petit clin d’œil! Hasta luego

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